Catégorie : Abzu

Sekhu Warrior par Bastien Lecouffe Deharme.

Genre, sexe et Shima

Illustration de Bastien Lecouffe Deharme pour le jeu GODS.
GODS n’a pas de lien avec la langue Shima


Bien que les locuteurs du Shima aient parfaitement conscience des réalités biologiques du sexe et des nuances psychologiques et sociales du genre, il n’existe pas dans la langue de genre grammatical opérant une distinction portant sur ces critères. Le lexique Shima est pragmatique, opérationnel, et la convocation de valeurs traditionnellement associées aux principes mâle et femelle est réservée à la sphère philosophico-religieuse.

Uma est le terme décrivant tout être humain conscient, qu’il soit homme, femme ou indéterminé. Le critère qualifiant au terme Uma est communément accepté comme étant la sentience et le libre arbitre.

Les fonctions, rôles et titres, comme tous les autres substantifs, sont donc indifféremment attribuables aux êtres vivants de sexe féminin et masculin. Cette disposition incarne dans la langue la conviction culturelle que le genre et le sexe ne sont pas de nature à catégoriser le rôle social des humains.

Roi et reine sont Raba, guerrière et guerrière sont Murmak et prêtre et prêtresse sont Shalima.

Deux nuances sont à apporter à ce constat linguistique. D’une part, cela ne signifie pas qu’il n’existe pas une segmentation liée au sexe dans les fonctions occupées par chacun. La distribution des femmes et des hommes dans les différents compartiments sociaux n’est pas homogène mais ces catégories sont poreuses et les migrations d’une fonction à l’autre acceptées pour les deux sexes. D’autre part, certains êtres humains ne sont pas considérés comme Umai, du fait d’un handicap mental, d’un style de vie en contradiction avec les valeurs consensuelles de la société ou d’une altération du jugement fréquemment attribuée à l’influence d’un esprit.

Les buveurs de sang Kumanai ne sont plus Umai dès lors qu’ils sont soumis aux pulsions de leur frère sombre Karnohaluma. La déshumanisation de l’adversaire est également une notion utilisée politiquement pour justifier guerres et répression.

Le bon Shama

La racine shm est associée aux valeurs positives de vie, de clarté, d’harmonie et de rectitude incarnées par le soleil Shama, force vitale chaleureuse et organisatrice.

De nombreux mots comportant la racine shm véhiculent des notions qui sont autant d’aspects et de déclinaisons de ce principe solaire divin étroitement lié à la prospérité de la race humaine et de l’environnement qu’il exploite.

  • ashame : droite (direction)
  • ashimo : bon
  • Ashmida : bienfait, ressource bénéfique
  • Eshma : chaleur
  • Ishamanda : certitude
  • Ishmara : loi, règle
  • ishme : vraiment, réellement
  • Shema : centre
  • Shima : langage
  • Yemsha : feu

Kumanai, les Esprits du Sang

Les Esprits du Sang, ou Kumanai, sont des prédateurs nocturnes immortels se nourrissant de sang humain. Ils évoluent au cœur des cités, en périphérie des villages et près des relais qui jalonnent les routes commerciales.

Les Kumanai sont dépendants de la proximité humaine pour assurer leur survie et s’ils sont coupables de nombreux décès, ils s’efforcent de limiter les dégâts qu’ils infligent aux populations qu’ils parasitent afin de conserver un territoire de chasse viable le plus longtemps possible. Les lieux souillés par la présence d’un Kumana sont considérés comme maudits, suscitant parfois des réactions violentes, qu’elles soient populaires, comme des battues et des exécutions arbitraires motivées par des superstitions le plus souvent inexactes, ou plus formalisées, avec l’intervention de détachements de guerriers-enquêteurs spécialisés dans le traitement de ce type de menaces, les Kugowurgai, rattachés directement à l’autorité du Shamashalima de la province.

Les Kumanai sont des hommes et des femmes qui ont été infectés par le Sang Noir, Karnokuma, une substance rare distillée dans l’océan nocturne et souterrain d’Abzu, en un lieu que les érudits nomment Karnonetshuk, la Source Noire. Certains avancent que la Source Noire serait un ancien dieu mort dont le sang se serait répandu en son temple d’ossements, ou un arbre foudroyé vieux comme le monde dont les racines plongent au cœur d’Abzu.

Lorsque le Sang Noir s’insinue dans le corps d’un homme et le corrompt, sa chair meurt et entreprend une profonde transformation qui le prépare à son ultime métamorphose. En cet instant d’agonie, dans les profondeurs de la Source Noire, une naissance répond à cette mort lointaine et une entité prend forme, indéfectiblement liée à la victime agonisante. Monstre caché, désir bestial, puissance primale façonnée dans les plus pures ténèbres, ce Sombre Frère d’Abzu, Karnohaluma, se lie intimement au cadavre encore chaud et lorsque la connexion est complète et achevée, l’être qui se relève n’est plus humain. Il est une porte vers Abzu, une créature de chair foulant la Terre mais dont le Sang et les pulsions émanent d’En-Bas. Il est un Esprit du Sang, un Kumana, jouissant de son apparence et de son esprit mortels mais sujet aux appétits et projets déviants de son Sombre Frère.

L’inévitable cohabitation avec le Sombre Frère tient tant de la malédiction que du cadeau divin. Le Sang Noir qui coule dans les veines d’un Kumana est le même que celui qui façonne son Karnohaluma, élixir malsain et sacré évoluant à la lisière des mondes. C’est à cause du Sang, substance étrangère, que le Kumana a le soleil en horreur, qu’aucune nourriture ne peut le satisfaire, que ses passions sont décuplées et que sa simple présence plonge les mortels dans l’inconfort, la peur, la haine. Mais c’est par le sang qu’il peut convoquer les étranges pouvoirs d’En-Bas, vitesse et force surhumaines, commander ou séduire les animaux nocturnes et les êtres touchés par Abzu, affecter des formes qui ne sont pas de ce monde.

Avec le temps, non seulement le lien entre un Esprit du Sang et son Sombre Frère s’affermit, permettant de manifester sur Terre avec une aisance grandissante les pouvoirs normalement réservés aux créatures d’Abzu, mais le Karnohaluma devient également une créature de plus en plus complexe, raffinée et évolue du statut de puissance brute à exploiter à celui d’un être doué d’intentions, de conscience et de raison. La tension entre les parts solaire et obscure du Kumana devient telle que les plus anciens d’entre eux peuvent être déchirés par ce conflit, les menant à la folie et la destruction. Aussi, les Esprits du Sang sont-ils apparemment tous voués à disparaître, embrasés par leur impossible nature.

Un mythe obscur répandu parmi les Kumanai affirme que l’ultime destinée d’un Esprit du Sang est d’accomplir un voyage au cœur de la Source Noire pour affronter son Sombre Frère et le soumettre. Cette plongée en Abzu et dans la plus profonde intimité de son âme transfigure à jamais celui qui en revient victorieux. Le Sombre Frère vaincu est absorbé, arraché à Abzu, et c’est un être complet, hybride, qui rejaillit à la lumière, bénéficiant des pouvoirs du Sang et débarrassé des malédictions qui y sont associées. Roi parmi les siens et les mortels, il ne craint plus la lumière du soleil, jouit de pouvoirs interdits et sa simple présence déchaîne les passions les plus violentes parmi les hommes.

Toutefois, nul n’est parvenu à atteindre cet état confinant à la divinité car tous les Kumanai ayant entrepris ce voyage ont été dévorés par leur propre Frère et noyés dans la Source Noire.

Il est dit pourtant que l’un d’entre eux y parvint en des temps oubliés, quittant la Terre des hommes comme un monstre dévoré par la soif pour y revenir en gloire, Reine de la Nuit et des Vents, Destructrice de Tous les Trônes. Celle qui déclara la guerre au Soleil et leva une armée pour le prendre d’assaut. Raba na-Lila ko-Wushai, Dimaka na-shube Rabatriskai. Lilu.

Lilith.

La Guerre de la Nuit sans Fin, Mura na-denfano-Lila, plongea le monde entier dans la chaos et l’obscurité s’abattit sur Terre pendant mille jours. Les cités-états s’effondrèrent, les fleuves se tarirent, les mers étaient envahies de créatures difformes crachées par de lourds nuages couleur de fer. Quand la lumière revint et frappa les survivants de ce désastre, l’armée de Lilith avait disparu et nul n’en entendit plus jamais parler. Si les hommes pensent que la Reine Kumana, la seule qui ait jamais existé, a été défaite par Shama, les créatures nocturnes attendent secrètement son retour et voient dans les éclipses solaires et les lunes de sang le signe que la lutte n’est pas terminée.


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