Critiques

Arlequinlan Vos

A lire sur SensCritique.

Tout simplement le pire roman Star Wars qu’il m’ait été donné de lire et un des pires tout court. A ranger à côté de Tantras pour les Royaumes Oubliés. Je ne doute pas que la licence ait accouché de romans absolument nuls, je ne suis pas un spécialiste, mais là, j’en tiens un.

Pour résumer, une aventure à l’eau de rose totalement incohérente, creuse et mal écrite, achevée par une traduction catastrophique.

Avant de donner quelques arguments en défaveur du bouquin, j’insiste sur ce dernier point. La traduction est indigne, même si le matériau de base est risible. Répétitions, lourdeurs, traductions littérales et effet Google Translate font grincer des dents à quasiment chaque page. Au mieux, c’est maladroit, au pire, c’est embarrassant.

Niveau intrigue, l’argument initial est à peine acceptable : associer un Jedi un peu pitre à Ventress, une des anti-héroïnes les plus badass et attachantes de l’univers SW sous le prétexte vaseux de l’assassinat de Dooku. Si l’on considère les échecs répétés du duo et les interventions incessantes des Jedi, on ne saisit pas pourquoi ce binôme censé être l’arme secrète de la République contre les Séparatistes n’a pas juste rejoint l’équipe des sempiternels Skywalker, Kenobi, Windu et autres clones pour aller casser le vieux barbu. Certes, Ventress fournit de l’info mais n’a aucune exclusivité ni atout particulier contre son ancien maître. Il est clair que cette amourette de Romeo et Juliette avait besoin d’un moteur, c’est raté.

La construction des personnages est pathétique et la relation entre Vos et Ventress ne tient pas debout. Ils doivent tomber amoureux, c’est le contrat. On recourt donc à tous les clichés softcore et dénués de la moindre justesse émotionnelle pour lancer la machine. Rejet initial, apprivoisement progressif bâclé, surgissement des premiers sentiments hasardeux, transformation du couple contre nature en loukoum gluant d’épanchements doucereux… Allers et retours entre trahisons pleines de pathos et rédemption assommante, c’est digne d’un journal intime d’ado lambda.

Ventress, censée être un boule de haine et de traumatismes, devient un agneau confiant (et méritant confiance apparemment) dès lors que Vos se pointe, annulant tout intérêt d’une progression vers l’autre, vers des sentiments plus positifs. C’est d’une paresse affligeante. Quant à recourir aux clichés, les deux auraient pu se castagner jusqu’à se sauter dessus en s’arrachant les vêtements, comme ça s’est vu tant de fois pour résoudre la tension sexuelle entre deux antagonistes. La relation entre Jas Emari et Jom Barell dans Aftermath fait infiniment mieux le job.

Les dialogues calamiteux contribuent à anéantir toute chance d’approfondir ou nuancer les personnages. Les tirades semblent tirées de fanfics que l’on cache dans son HD ou des archives de Nanarland. Répétitions, pseudo-profondeur du blabla Jedi, logorrhées sardoniques de Dooku, blagounettes mal écrites de Skywalker et Kenobi. Une purge.

Le Côté Obscur, traité avec une profondeur rare dans Plagueis, est ici dépouillé de toute puissance évocatrice. Exit ambiguïté, tentation, séduction, place du choix et du libre arbitre, métaphysique et philosophie. Le Côté Obscur est ici une sorte de maladie, de chaude-pisse qui semble pourtant bien difficile à dépister. On l’a ou on ne l’a pas et les considérations psychologiques sont balayées transformant les nuances de gris auxquelles nous avait habitués Luceno en un jugement, dichotomique. La difficulté n’est pas réellement de savoir ce qui motive un personnage vers l’obscurité mais ici de parvenir à faire ce foutu test. Tu as chopé le Côté Obscur, tu crames. Point.

De fait, on peine à croire que l’autrice soit familière du reste de la production tant les décors sont vides, l’univers absent. Une succession de scènes bon marché où des pantins déversent leurs lignes dans des situations qui n’ont ni queue ni tête. Bien sûr, on exploite à fond le filon du cameo. Quelle production SW un peu faible sur ses bases peut se dispenser de balancer du Bossk, du Fett sans parler des Jedi phares de la saga pour se donner un peu de légitimité ? Bossk et Fett semblent être d’ailleurs devenus les cautions nécessaires pour rappeler que l’on n’est pas en train de lire un bouquin qui cause de Klingons. Le conseil Jedi est à baffer, avec un Yoda qui concède sans trop de peine l’exécution de ses propres recrues passées à l’ennemi, un Windu bruyant et monolithique. On pourrait penser que l’on est dans la droite ligne de Clone Wars qui avait élégamment brouillé les lignes entre bien et mal et rappelé, comme les KotoR en leur temps, que les Jedi sont des enflures comme les autres. Mais c’est grossier. Il y a bien un peu de name dropping topé dans Wookieepedia de temps à autre mais ça sent le rattrapage.

Après une enfilade interminable de chapitres gangrénés de dialogues et d’états d’âme en carton, Ventress meurt dans les bras d’un Vos-Obscur-Mais-Pas-Vraiment-Mais-Quand-Même.

J’ai souffert jusqu’à la dernière page, j’ai cru que je n’y arriverais jamais. J’ai des témoins.

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